L'ICTJ a récemment réuni des partenaires de la société civile syrienne, des membres des commissions nouvellement créées en Syrie et des représentants du gouvernement afin de soutenir le processus naissant de justice transitionnelle dans le pays. Lors d'une série d'ateliers organisés en juin, les partenaires de la société civile ont partagé leur vaste expérience de travail auprès des victimes du conflit et de la répression de l'ancien régime, tandis que des représentants de la Commission nationale pour les personnes disparues (CNPD), de la Commission nationale pour la justice transitionnelle (CNJT) et du ministère des Affaires sociales et du Travail ont examiné les meilleures pratiques et les approches centrées sur les victimes afin de mettre en œuvre leurs mandats.
« Les Syriens se battent depuis des années pour ces institutions », a déclaré Nousha Kabawat, responsable du programme Syrie de l'ICTJ. « Aujourd'hui, le plus dur est de les faire fonctionner de sorte à ce que les familles puissent les voir, les comprendre et leur faire confiance. »
Des représentants de l'organisation Bridges of Truth ont présenté leur travail d'animation de sessions de dialogue communautaire à travers la Syrie, notamment les séances récemment organisées dans les villes de Saqba et Deir al-Asafir, ainsi que leur projet d'en organiser des dizaines d'autres dans les mois à venir. Les discussions ont souligné l'importance d'établir un lien direct entre les institutions nationales nouvellement créées et les communautés et familles les plus touchées par les violations.
« Les gens ne voulaient pas de promesses », a déclaré un participant. « Ils voulaient simplement un endroit où s'exprimer. Cela fait 14 ans qu'ils n'ont pas pu le faire, et le simple fait d'être entendus leur suffit. »
« Quel est l'intérêt pour moi s'il est en prison alors que mes enfants n'ont pas accès à l'éducation ? » a demandé un participant. « La responsabilité peut être établie après ma mort, mais nous avons besoin de réparation de notre vivant », a déclaré un autre, soulignant la nécessité de mesures réparatrices en plus de la responsabilisation.
Des représentants de la CNPD ont participé à des ateliers portant sur les questions stratégiques auxquelles la commission est confrontée et sur son rôle dans le processus plus large de justice transitionnelle. « Dans chaque foyer syrien, il y a une personne disparue », a déclaré un participant, évoquant l'ampleur considérable des disparitions forcées dans le pays.
Lors des ateliers animés avec les membres de la CNJT, les participants ont abordé divers sujets liés à la responsabilité et à la recherche de la vérité. « La recherche de la vérité peut préserver ce que les procès pénaux, à eux seuls, ne pourront jamais saisir », a affirmé un participant.
L'ICTJ a également organisé un atelier avec des représentants du ministère des Affaires sociales et du Travail, chargé de recenser et de rechercher les enfants disparus et de suivre ceux ayant survécu au système de prise en charge du régime. « Je suis l'épouse d'un homme disparu, et pourtant, je constate que les enfants sont prioritaires par rapport à mon mari », a déclaré une participante, soulignant ainsi l'urgence du travail du ministère.
Durant ces deux semaines de rencontre, les participants ont insisté sur l'importance de travailler main dans la main avec les personnes concernées et de reconnaître leur frustration face à l'absence de résultats concrets. « Ce n'est qu'avec le temps, un dialogue attentif et une grande écoute que les gens finissent par se confier et raconter ce qui leur est arrivé », a souligné Elena Naughton, experte principale de l'ICTJ.
« Chaque interaction avec un membre de sa famille est importante », a ajouté Howard Varney, expert principal de l'ICTJ. « C'est un moment où l'on peut leur témoigner de la reconnaissance et de l'affection, et pas seulement recueillir des informations. »
Alors que les nouvelles institutions judiciaires syriennes sont appelées à agir rapidement, leur légitimité dépendra de leur capacité à placer les victimes et leurs familles au cœur de leur action et à assurer une coordination efficace. « Le soutien se construit sur la confiance, et la confiance se construit sur la transparence et des actions concrètes sur le terrain », a déclaré un participant. « Personne n'est tenu de soutenir la CNJT simplement parce qu'elle existe », a affirmé un autre. « La confiance doit être instaurée. »
Le travail à accomplir exige une coordination et un travail de sensibilisation constants auprès des victimes et de leurs familles afin de garantir que le processus de justice transitionnelle du pays soit inclusif et rende une justice qui ait un sens pour les personnes les plus touchées. L’ICTJ continuera d’apporter son soutien au CNPD, au CNJT, au ministère des Affaires sociales et du Travail et aux partenaires de la société civile syrienne dans la transformation de leurs mandats en processus robustes et centrés sur les victimes, visant à établir la vérité, à rendre des comptes et à retrouver les personnes disparues. « Les familles portent ce fardeau depuis des années », a déclaré Nousha Kabawat. « Ces nouvelles institutions offrent l’opportunité de concrétiser ce combat : obtenir des réponses, une reconnaissance et amorcer un processus de restauration de la confiance. »
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PHOTO : Des membres de l'équipe du programme Syrie de l'ICTJ rencontrent des représentants de l'Association des détenus et des disparus à la prison de Sednaya à Damas, le 18 juin 2026. (Abedalbaset Alhasan/ICTJ)